Actualité


 Le journal de Daphné


Passer 4 années en compagnie d’une sculpture ne peut se faire sans que, inévitablement, il se crée une relation spéciale entre le sculpteur et son œuvre. C’est ma démarche créative ainsi que  la relation privilégiée que j’ai eu avec ma Daphné, que j’ai voulu décrire dans mon journal. J’avoue que j’ai pris un plaisir fou à l’écrire.

Il était forcément impossible de parler de création, de vie de sculpteur et de sculpture sans évoquer un minimum de technique. Je pensais, en ce domaine,  m’être mis à la portée de tout un chacun et avoir été le plus « soft » possible. Mais bien évidemment, je suis mal placée pour en juger puisque trop impliquée dans la chose.

Les maisons d’éditions auxquelles j’ai envoyé mon manuscrit m’ont toutes répondues que celui ci était original et intéressant mais trop technique et pas assez littéraire pour toucher un large public. Mon audience étant réservée à un public « d’initié », je ne pouvais prétendre à une publication.

Bon, d’accord, j’en prends acte. Mais toi, toi ou toi qui vient traîner sur mon site ou mon blog, je suppose donc que l’art t’intéresse un minimum ? Permet-moi de te proclamer « initié ».  Ainsi, si tu le souhaites, je peux donc  partager ma passion avec toi et  tu peux lire mon journal. Pour toi, c’est cadeau ! Je te demande uniquement si tu l’aimes et si tu vas jusqu’au bout de me le faire savoir dans un commentaire. Tu peux écrire une fausse adresse et un faux nom si tu veux conserver ton anonymat, mais ça me fera plaisir de savoir que tu as aimé ce que j’ai fait et écrit. (Si tu n’aimes pas tu peux t’exprimer aussi).

Il sera publié un chapitre chaque semaine.


 

 

Voici donc:

Daphné ou le journal du petit sculpteur

 

 

              La taille directe est la vraie route de la sculpture,                                                

     mais ce n’est pas le bon chemin pour ceux qui ne savent pas marcher.

                                                                                     Brancusi

 

 

 

                                 A Joëlle mon guide en sculpture.

                                 A Maman pour son école d’exigence et de persévérance.

                                 A mon Mari pour son fabuleux cadeau.

 

 

 

 L’histoire de Daphné

 

 

Dans la mythologie grecque rapportée par le poète latin Ovide, Daphné est une jolie nymphe, fille du Dieu-fleuve Pénée.

Esprit libre, rebelle à toute contrainte, tout le jour elle court et chasse en forêt.

Alors qu’il s’y promène, Apollon croise son chemin. Tout de suite il en tombe éperdument amoureux.

Connaissant la réputation du Dieu volage, Daphné s’enfuit immédiatement.  Mais Apollon la poursuit.  Paniquée, sur le point d’être rattrapée, elle supplie  son père de l’aider à lui échapper. Aussitôt et sous les yeux de son amoureux désespéré, elle est métamorphosée en arbre, en Laurier. Du coup en gage d’amour, Apollon lui jure que désormais elle prendrait quand même part à tous ses triomphes.  Des lors, tous les vainqueurs seront couronnés de laurier.

 

L'intégralité du texte qui va suivre est la propriété exclusive de Héléne Cherrier, toute reproduction totale ou partielle est strictement interdite.

                              

        Préambule

       Entre taille et écriture…

 

Le terme de sculpture englobe désormais une foultitude de disciplines dont les deux principales, modelage et taille, sont en fait complètement antagonistes. Dans le modelage, on part du vide et l’on procède par ajouts successifs pour arriver au sujet désiré. On peut à loisir enlever ou rajouter de la matière.

Dans la taille, le sujet est déjà dans la masse,  on procède par retraits successifs pour le faire apparaitre. Le repentir est interdit.

 

Cela va fait  vingt cinq ans  que je pratique la sculpture. Mais ma vie a basculée lorsque, j’ai découvert la magie de la taille directe. Ce fut un véritable coup de foudre. Ecoutez donc parler les pierres et vous comprendrez qu’elles cachent toutes un secret qu’elles sont prêtes à révéler contre un peu d’attention. Chacune d’elle est une nouvelle rencontre ... . Source intarissable de découvertes et d’émotions, elles m’entrainent dans un monde ou s’entremêle sans cesse, poésie et rigueur du travail, douceur et dureté.

 

J’ai toujours aimé écrire, je trouve que l’écriture s’apparente au modelage.

Mot après mot, phrase après phrase, tout petit à petit, on modèle un récit  qui prend corps comme on façonne une statue à coup de colombins.

Lorsque les lignes directrices sont établie et le sujet enfin posé, vient le temps du recul. Tandis que le sculpteur fait très lentement tourner sa sellette pour contempler son œuvre dans sa globalité, l’écrivain lui, lit et relit l’intégralité de son texte. Pour les deux, la question est la même : « tout s’enchaine-t il bien »?

Puis, longtemps, par touches progressives, l’un et l’autre vont  affiner l’ouvrage. Un coup on retranche ou on gomme le superflu. Un coup on rajoute, qui un morceau de terre, qui, une phrase pour  améliorer la lisibilité de la pièce. Enfin, après mille et une retouches, l’œuvre est presque parfaite. Profondes similitudes, non ?

 

J’ai pris autant de plaisir à tailler Daphné qu’à en « modeler » le journal. Se complétant admirablement et s’inspirant l’un de l’autre, ces deux mediums artistiques sont très rapidement devenus indissociables. C’est ensembles qu’ils forment une œuvre complète.

 

Début mai 2008

                     Carrare, quand le rêve devient réalité !

 

On fait tous des rêves. Souvent ils sont déraisonnables car, c’est le propre des rêves, ils nous entraînent dans le monde majestueux du « plus ».

Plus haut. Plus grand. Plus beau. Plus…

De temps en temps cependant, il se peut qu’un rêve vienne à se réaliser.

Instant précieux de vie qu’il ne faut surtout pas manquer de savourer.

C’est justement ce qu’il m’arrive en ce moment. Un cadeau magique offert par mon mari, qui ouvre les portes d’un lieu mythique pour les sculpteurs : aller à Carrare chercher un grand marbre.

Un rêve, mon rêve !

 

Un grand marbre dans mon imaginaire n’est pas forcement quelque chose d’énorme mais assurément quelque chose d’un peu haut.

Quelle en sera la forme ? Quel sujet ? Quelle façon de le traiter ? Classique ou moderne ? Figuratif ou abstrait ? Vaut-il mieux partir avec une idée précise ou non ?

Les questions se bousculent dans ma tête, ouvrant la voie à de multiples réflexions.

Une statue en hauteur,…à laisser en extérieur,… qui s’intègre bien dans un jardin,… comme un arbre.

Un arbre,…Daphné !

Daphné changée en arbre pour échapper à Apollon.

Une métamorphose du corps en tronc, grandeur nature. Whaou ! Voila de quoi faire !

C’est un sujet qui laisse place à mille interprétations possibles mais qui, du coup, donne une indication plus précise de forme et de taille pour le marbre à trouver.

 

C’est donc avec Daphné en tête que je pars à Carrare sur les traces de Michel Ange.

Tunnel, viaduc, tunnel, viaduc, ombre, lumière, ombre, lumière, la route est fatigante.

Soudain, scintillantes au soleil apparaissent les montagnes éventrées. Partout du blanc pareil à de la neige. Carrare aux innombrables carrières de marbre se voit de loin.

Vallée de Frantiscritti et Colonnata, marbre ordinaire plus ou moins veiné. Vallée de Torano, marbre statuaire, immaculé.

Et puis, de toutes parts, dans la ville, aux alentours, sur le port, des milliers de blocs énormes entreposés en attente d’être débités (en tranche pour les carrelages) ou sculptés, puis vendus dans le monde entier. Prestigieux marbre de Carrare !

Après c’est l’aventure. Il faut s’arrêter un peu partout et demander un peu partout. Chercher et repérer des blocs « possibles » en évitant les fentes. Négocier. Croire qu’on va y arriver et se rendre compte qu’il faut trouver un transporteur pour le livrer, puis une grue pour décharger. Et puis… passer le reste de sa vie à dégrossir le géant parce que tous ces blocs sont monumentaux et bien trop gros ! Là bas, la démesure étant ordinaire, ils sont à prendre ainsi !

Daphné se perd dans la monstruosité…

Tout à coup, visible du bord de la route à travers un grillage, des blocs qui semblent de taille plus raisonnable. C’est un atelier de reproduction d’antiques. Les blocs ne sont pas à vendre parce qu’il s’agit de leur stock mais,…. -« Lequel vous intéresse ? ».Voila, l’affaire est faite ! Reste l’éternel problème du transporteur et, ça tombe bien, ils font justement des livraisons en France. Il suffit d’attendre que le camion se remplisse, un camion avec une grue pour décharger. Génial ! J’attendrai tout le temps qu’il faudra.

Mon rêve a maintenant des mesures bien précises. Il fait très exactement 0.50x0.50x2m et, comme il est très dense mon rêve, il pèse autour d’une tonne et demie. C’est une dimension qui me permettra de ne pas avoir trop à dégrossir.

 

Je ne suis qu’un petit sculpteur ; je n’ai jamais rien taillé d’aussi grand. Je ne suis pas équipée. Il me reste donc à faire un tour à Pietra Santa, le village des sculpteurs, pour y acheter le matériel et les outils nécessaires à semblable ouvrage. Mais cette fois il ne faut plus rêver, malgré la ponceuse et le marteau pneumatiques, je sais que le marbre restera dur et que le travail sera long.

Ensuite, ne pas oublier de flâner et de respirer la poussière de marbre des nombreux ateliers où l’on peut louer son emplacement pour faire son œuvre.

On y croise des sculpteurs de toutes les nationalités, inconnus ou renommés. Ils taillent ici des statues de toutes formes et de tous gabarits, du petit au monumental, de l’antique au contemporain. Il y en a pour tous les goûts. Une seule constante, elles sont toutes en marbre. Pas n’importe lequel, celui de Carrare bien sur !

 

Première année 

 

Fin mai

            Mon compresseur et moi.

 

Je vous ai dit avoir acheté en Italie les outils nécessaires à l’élaboration de Daphné.

Pour un projet de cette ampleur, cela passe forcement par un marteau et une petite ponceuse pneumatique. Qui dit « pneumatique », dit « compresseur ».

Permettez là que je précise ce qu’est un compresseur puisque je l’ignorai moi-même avant d’être directement concernée.

Un compresseur est un engin lourd et encombrant qui emmagasine de l’air dans une grosse cuve et le restitue sous très forte pression.

C’est l’air propulsé dans le marteau pneumatique qui permet de frapper à coups rapides et réguliers sur le ciseau que je tiens, plus besoin de massette. Vu le gabarit de l’engin, le compresseur lui, sera français.

Mon mari s’est arrangé, touchante intention, pour que la bestiole arrive le jour de la fête des mères.

Dans un premier temps la machine est restée dans le garage en attendant qu’on l’équipe de tous les tuyaux indispensables à sa respiration. Et puis, un jour enfin, elle fut avec tous les égards amenée jusqu’à mon atelier.

-Première constatation : La bête est imposante et de bonne taille.

Elle est en effet très fortement pansue ; la cuve qui lui tient lieu de ventre rebondi fait quand même ses cent cinquante litres !

-Deuxième constatation : La bête est bruyante.

Sitôt branchée, elle se met à tousser, ronfler, cracher et vibrer tout son saoul, afin de fabriquer l’air qui remplit son bedon.

Ce n’est que le ventre enfin plein que, repue, elle se calme et s’endort tandis qu’ oubliant sa présence, je m’essaie avec joie à mes nouveaux outils sur un petit morceau de marbre.

Mais la bête assoupie a le sommeil fragile, et il faut bien se rendre à l’évidence, mon travail lui pompe l’air ! Alors tout à coup, mécontente d’avoir à nouveau l’estomac vide, elle se réveille dans un bruit de tonnerre pour se gaver encore.

Evidemment, surprise par la soudaineté de la chose je sursaute effrayée, le cœur battant la chamade, évitant de justesse une fatale crise cardiaque.

Je pressens déjà une cohabitation difficile…

-Troisième constatation : la bête est fragile.

J’ai beau faire de mon mieux, de petits éclats tranchants volent dans tous les coins de mon atelier, mitraillant la bête au passage. Ce n’est parait-il pas bien du tout ! Un éclat mal placé dans le moteur pourrait blesser la bête. Je suis priée d’aller faire ma guerre à l’extérieur.

Oui mais voila, à l’extérieur il pleut toujours et je refuse de me tremper les os tandis que la bête se prélasse bien au sec dans mon atelier. Je suis donc au chômage, ça m’énerve !!!

Je suggère à l’homme que, peut être, une niche pour la bête… Réponse évasive : «  Oui, oui, un jour… »

Heureusement le beau temps qui ne tarde pas à revenir, arrive à mon secours.

Je m’installe dehors, arrosant sans complexe la pelouse de milliers de petits éclats blancs qui scintillent au soleil. A l’intérieur, mon compresseur qui se réveille toujours périodiquement ne me trouble plus car je ne l’entends pas. La vie est belle !

Mais bientôt les éléments se liguent contre moi ; l’agréable douceur se change progressivement en canicule insupportable.

 Pendant que dehors sous le soleil implacable je sue à grosses gouttes sur mon marbre, la bête, elle, se terre dans l’ombre protectrice de mon atelier.

Inacceptable, je n’en peux plus !

Je cours chercher un vieux drap dans une armoire. Un de ces bons vieux draps de grand-mère si épais que je ne les utilise qu’avec réticence à cause du repassage. Je tends une ficelle le long de ma poutre, quelques pinces à linge… Voila, la cause est entendue !

Désormais un rideau nous sépare pudiquement. J’ai caché la bête derrière à l’abri de mes regards et de mes projections de marbre, mais hélas pas de mon ouïe. M’habituerai-je un jour au bruit étourdissant de sa magistrale respiration ?  Ce fâcheux locataire m’est pourtant indispensable. 

Au moins cela m’aura-t-il permis de me rendre compte que ma Daphné étant dans le jardin, j’aurai forcement des moments de chômage technique.

 Impossible de sculpter sous la pluie l’hiver ou  un trop chaud soleil l’été. Cela me permettra de prendre du recul. Bien que ce soit fort utile, je me souhaite tout de même un hiver sec et doux !

 

 

Fin juin 2008

 

          L’arrivée.

 

 

 

 

 Aujourd’hui, premier jour de grand soleil sans nuage, premier jour de vraie chaleur.

 

Aujourd’hui Daphné est arrivée, elle est venue avec l’été !

 

Dans le terrain trop meuble encore après les longues pluies, le camion n’a pu s’engager jusqu’au lieu désigné. Alors, choisissant l’endroit le plus dur, on l’a déchargé là, allongé par terre sur deux rondins de bois.

 

En attendant d’être plus tard érigée à l’emplacement souhaité, Daphné repose dans son long cercueil de marbre blanc.

 

J’ai vu le gros lézard vert venir, avec curiosité, s’enquérir de ce nouveau voisinage. La jolie huppe aussi s’est approchée pour regarder.

 

Je les ai vu, ces habitants du jardin, puisque comme eux je suis moi aussi attirée par sa scintillante blancheur. De temps en temps, je viens la visiter. Je pose mes mains sur le grand marbre froid, je le caresse doucement, émue et heureuse qu’elle soit là, tout simplement là.

 

C’est qu’il y a déjà une histoire entre nous, je suis quand même allée jusqu’en Italie pour pouvoir la trouver !

 

Belle endormie pour l’instant, elle attend patiemment que le jour vienne où je la délivrerai de sa gangue de pierre.

 

Bloc parmi les blocs, elle était quasiment anodine quand je l’ai cependant remarquée. Mais ici, isolée sur l’herbe du jardin, sa blancheur illumine.

 

Ce marbre est beau, ce marbre me plait  tel qu’il est, si plein d’espoir et de promesses.

 

Même si je ne l’imagine pas encore toute entière, je sens néanmoins sa présence.

 

Que serait elle devenue sans notre rencontre ? Qui ou quoi, dans d’autres mains d’autres sculpteurs ?

 

Certainement pas « ma » Daphné !

 

Alors, comment cela se peut il puisque je n’invente rien ?

 

Point de magie, pas d’artifice, aucun ajout à ce qui existe déjà.

 

Mon rôle est seulement de tailler ; d’enlever tout petit à petit l’enveloppe de pierre qui emmure la métamorphose de Daphné jusqu'à ce qu’elle apparaisse dans sa toute beauté.

 

Alors ?

 

C’est le miracle de la création : beaucoup de labeur, de la patience et une nécessaire communion entre le sculpteur et son œuvre pour qu’elle puisse voir le jour.


 

Début juillet 2008

 

        Le sommeil

 

 

 

Pendant que Daphné enfermée dans son marbre, dort paisiblement, je me pose à son sujet bien des questions.

Qui est-elle vraiment ?

Depuis que je suis revenue de Carrare avec ses mesures, j’ai monté dans mon atelier une colonne de terre de même proportion en modèle réduit. J’ai essayé plusieurs esquisses que j’ai détruites à chaque fois.

Mes idées se bousculent, trop contradictoires, pas assez précises. Il me faut ordonner tout cela. Je dois dire que j’ai l’esprit dispersé. En effet, pressée d’essayer et de maitriser mes nouveaux outils, j’ai commencé un petit marbre que je viens de finir. Un second projet tout juste ébauché attend déjà dans mon atelier. C’est normal, ça demandera juste un peu plus de temps pour arriver au bout de mes cogitations daphnéènnes. Mais je ne suis pas pressée.

Souvent aujourd’hui, vitesse et rapidité sont synonymes de vertu, mais  le « bel ouvrage » a toujours été l’ennemi de la précipitation.

Je crois à la lente maturation des choses.

Un arbre ne pousse pas en un jour.

Daphné n’en finit pas de se métamorphoser depuis la Grèce antique.

Les marbres de Carrare datent du secondaire.

Au regard de tout ce temps je mettrai, pour ma modeste personne, quelques années de ma si courte vie pour l’achever (j’espère !).

Alors finalement, je n’en suis pas à cinq minutes près, n’est ce pas ?

 

Pour l’instant « ma » Daphné repose toujours, allongée sur ses rondins de bois Je vais commencer à aplanir le coté sur lequel elle doit être dressée. Ensuite il faudra trouver une grue pour la lever. La voir sur ses pieds n’est pas pour demain ! J’ai encore très largement le temps d’y penser avant que le moment de la taille directe ne se présente.

 

D’ailleurs, petit à petit, le travail se fait dans ma tête et mes idées s’ordonnent doucement.

Si j’avais rapporté de Carrare l’un des mastodontes que l’on trouve là bas, je mettrai deux ou trois année de plus pour le dégrossir et je serai vite encombrée d’un monstrueux tas de gravas produit par un gigantesque gâchis de matériaux noble. Bien heureusement, je suis en possession d’une colonne aux proportions idéales pour y faire entrer un corps humain ou le fût d’un arbre. Mais j’ai quand même un petit souci : faute d’avoir  trouvé un marbre  légèrement plus large, je dois me contenter du mien qui est trop étroit pour  pouvoir couronner le tronc d’une ample ramure.

La pierre ayant toujours raison, je sais donc que le nombre de branches me sera compté et qu’elles s’élanceront forcément verticales. La verticalité se devra d’être obligatoirement le thème et l’axe majeur de la construction de ma statue.

J’envisage de tailler deux branches. L’une sera la tête  inclinée vers l’arrière. La seconde, l’amorce d’un bras levé. Sans doute le deuxième bras sera-t-il juste gravé dans le tronc.

Je sais encore que Daphné aura les jambes en mouvement, comme si elle s’était métamorphosée tandis qu’elle marchait. L’une des jambes sera bien visible, la chair en sera douce et satinée jusqu’au haut de la fesse. L’autre sera sans doute déjà partiellement transformé en écorce.

Pour le nombril, nœud de vie, je veux partir d’un nœud d’arbre. Une partie du ventre sera en écorce, l’autre  conservée en peau bien lisse.

Je sais toujours que toutes les parties  apparentes du corps seront très finement polies. Par opposition, les parties de tronc resteront brutes. Ce serait bien que, au fil du temps qui passe, ces parties brutes se recouvrent de poussière et de micro-organismes, afin que la nature reprenne un peu ses droits sur cet arbre de marbre.

Pour l’écorce aussi se posent des questions. Dans la mythologie Daphné est changée en laurier, mais l’écorce du laurier,  relativement lisse, ne m’inspire  guère pour l’instant. Il va me falloir faire une étude sur les différentes écorces d’arbre.

Quoi qu’il en soit, Daphné peut dormir tranquille. Sans jamais l’oublier, je veille sur son sommeil.



 

Mi  juillet 2008

         Le rire de Daphné

 

 

 

 

 

 Daphné ne pourra tenir debout que lorsqu’elle aura les pieds plats !

 

J’entends par là que le bloc rapporté d’Italie étant cassé aux deux extrémités, il n’y a pas d’assise permettant de le poser verticalement.

 

Il faut donc lui faire une base pour pouvoir le lever.

 

Sur l’un des cotés, presque au bout du marbre, une fissure apparaît. Il est difficile d’en apprécier la profondeur mais si la fente se révélait importante, le marbre pourrait se briser lors de la mise en place. Le dresser dans ce sens parait pour le moins hasardeux. Ce serait excessivement dangereux et sans doute aussi, la fin de Daphné.

 

Refusant de prendre le moindre  risque, je choisis  prudemment de niveler le coté opposé pour en faire la base, déterminant par là même la position de Daphné.

 

Une petite lézarde tout en haut de mon marbre sera sans conséquence. Sans doute sera-t- elle absorbée dans les déchets de la sculpture. Et même si le morceau concerné venait à se casser, cela n’étêterait que d’une vingtaine de centimètres le coin supérieur de ma colonne. Ce serait dommage mais sans gravité vu sa hauteur.

 

Pour aplanir la base, je dois supprimer un gros morceau en pointe. Si mon marbre était transportable, je l’aurai fait faire par un marbrier qui aurait réglé le problème en un coup de son énorme scie. Mais il est bien trop lourd pour être déplacé, aussi devrais-je me contenter des outils dont je dispose. A l’aide de ma meuleuse munie d’un disque en diamant qui permet de rentrer dans la pierre d’environ trois centimètres d’épaisseur, je quadrille l’endroit choisi puis je fais sauter avec un ciseau en pointe et une massette chaque petit cube un à un. Je m’enfonce ainsi dans la matière. Avec un fil à plomb  je contrôle la rectitude du plan.

 

Pendant que je me mets à l’ouvrage, mon esprit vagabonde jusqu’à mon endormie.

 

Que ressent-elle prisonnière de son caillou tandis que je lui envoie des vibrations dans les pieds ?

 

A la pensée qui me vient, je souris toute seule. « Et si elle était chatouilleuse ? »

 

Je l’imagine tout à fait, couchée dans la pierre, la plante des pieds offerte à mes gratouillis, riant à perdre haleine !

 

J’arrête ma machine pour pouvoir écouter. Non, ce bruit que j’ai cru percevoir n’est rien que la stridulation des cigales qui, voulant surpasser mon tapage, s’en donnent à cœur joie.

 

Qu’importe, c’est l’âme réjouie que je reprends mon travail, bien contente   d’avoir fait rire Daphné.



 

Fin août 2008

 

         Terre en vue !

 

 

 

 

 

 

Ça y est, Daphné a maintenant les pieds plats !

 

 On va enfin pouvoir songer à la dresser, mais où ? Là est la grande question. J’ai envie qu’on la voit de la maison mais le mari se refuse à contempler un chantier perpétuel pendant peut être plusieurs années, et à subir le bruit qui va de pair. « Don’t disturb » !

 

Après moult tergiversations, nous avons  décidé que je sculpterai Daphné devant mon atelier, au fond du jardin, et que nous lui trouverions une place de choix quand elle serait finie (puisque cela va sans dire, elle sera forcement belle !)

 

 Nous avons fait couler à l’endroit retenu une dalle de béton ferraillée pouvant soutenir la tonne et demie de la demoiselle qui pour l’instant, il faut bien le reconnaître, manque de légèreté.

 

Après, il faudra attendre environ trois semaines que le béton sèche puis viendra le moment de louer un engin de levage pour la positionner.

 

Fin septembre, elle devrait être enfin en place, prête à être sculptée.

 

 

 

L’attente touchant presque à sa fin et le calendrier se faisant plus précis, s’achève aussi pour moi la période de gestation de ma statue. Je me suis mise au travail pour donner jour à une Daphné modèle réduit en terre qui devrait, dans les grandes lignes, être assez semblable à celle de marbre.

 

Il fait assez chaud dans mon atelier, la terre a tendance à sécher trop vite. J’ai du mal à lui garder la bonne consistance.

 

Pourtant, il faut reconnaître que c’est idéal pour y jeter ses idées et faire des esquisses ; on peut enlever ou rajouter de la matière à son gré.

 

Le plus important quand le but est de retranscrire ensuite l’œuvre dans un matériau dur, c’est de vérifier sans cesse que l’on reste dans les bonnes proportions.

 

 Interdiction formelle de sortir des mesures imposées en ajoutant un peu de terre de ci de là !  Il n’y aura pas d’élargissement possible quand ce sera le marbre !

 

Tout doit rester circoncis dans ma colonne.

 

 Pas de retrait intempestif non plus, tout morceau retranché le sera définitivement.

 

 L’ erreur est interdite. C’est pourquoi il est primordial que la maquette soit assez proche de l’œuvre définitive dans sa structure de base.

 

Cette petite Daphné de terre sera pour moi comme une carte pour me diriger dans la pierre. Un guide précieux, une feuille de route pour ma balade à travers Daphné : « Ici bien garder de la matière puis s’enfoncer à droite derrière la bosse en creusant sur cinq bons centimètres. Se ménager ensuite un rectangle plat de bonne taille, avant de replonger sur la gauche vers… » .

 

Certains poussent très loin leur terre, pas moi.

 

Il n’y a pas forcément besoin de détails excessifs pour l’instant. Cela correspond à la mise en place de la taille des masses.

 

Avec la terre, l’indécision étant fort opportunément permise, un jour je construis, un jour je démolis.

 

Je ne suis pas contente de ce que je fais. Le pas est grand du concept à la réalisation. Une même idée ou un même projet peut donner lieu à des représentations multiples et à plusieurs maquettes toutes différentes.

 

Je ne trouve pas ce que je veux parce que, bien qu’ayant des idées relativement précises, je ne sais pas sous quelles formes exactes les retranscrire et les articuler entre elles. Je cherche une autre Daphné, plus originale, plus folle, plus excentrique que la trop gentille Daphné que je façonne actuellement.

 

 Une Daphné différente, qui me fasse vibrer et me donne envie de la tailler.

 

 Celle que j’ai sous les yeux est trop lourde, convenue, sans vraiment d’intérêt.

 

 C’est un peu déçue que je m’interromps pour partir au mariage de mon fils.

 

 Afin qu’elle ne sèche pas en mon absence, je mouille un peu ma terre.  Je l’enveloppe d’un torchon humide, puis d’un plastique. On verra à mon retour.

 

Je sais que d’insatisfaction en insatisfaction, de retouche en retouche, au fil du temps, mon ébauche se précisera et prendra forme. C’est souvent ainsi.

 

Il faut du temps, beaucoup de temps !

 

Mais, « ma » Daphné ! Nous avions déjà une telle intimité … Je pensais qu’elle se dévoilerait plus vite. Je m’étais imaginée, parce que cela me plaisait, une espèce de premier jet fulgurant. Dommage !

 

Daphné n’est pas venue au rendez-vous que je lui avais fixé.

 

La sculpture est une constante leçon de longue patience et d’humilité.

 

 

 

Début septembre 2008

 

 

 

   Elle m’attendait !

 

 

 

 Au retour du mariage, j’ai retrouvé ma statue cassée.

 

Elle s’était brisée à mi-hauteur et gisait sur ma sellette.

 

Le chiffon et le plastique qui avaient glissé ne l’enveloppaient plus.

 

La terre avait séché.

 

Comprenant que je ne l’aimais pas, pour renaître autrement elle s’était suicidée.

 

J’en ai fait une grosse boule que j’ai rehumidifié, et j’ai tout recommencé.

 

Cette fois, elle est venue toute seule. Elle est venue très vite.

 

Un rapide  modelage, elle était là, devant moi.

 

Surprenante et cependant telle que je la souhaitais.

 

En fait, je crois bien qu’elle m’attendait. Peut être même m’avait-elle cherché, impatiente à son tour d’exister ?

 

La coquine voulait que débarrassée de toutes autres pensées, je ne sois rien qu’à elle pour pouvoir se montrer.

 

Il ne reste que des détails à corriger ou affiner.

 

Cette fois, elle était au rendez-vous. J’étais conquise. C’était bien elle que je voulais sculpter.

 

Une expo à mettre en route à Paris puis la redresser, enfin…

 

Maintenant mon impatience est grande ; il me tarde de commencer !



Fin septembre 2008

  Le réveil.



Elle était arrivée avec le premier soleil d’été, ce sont les premières pluies d’automne qui l’auront éveillé.
Après de longs mois d’attente, l’agitation règne autour de Daphné.
« Allez  ma belle, il est grand temps de se lever !»
Aujourd’hui, mon marbre va être transporté à l’emplacement choisi et dressé vers le ciel tel un obélisque (modeste, mais quand même !).
J’en suis aussi excitée et heureuse que tendue et anxieuse.
C’est en effet un moment délicat. Il faut arriver à mettre Daphné en place, sans casse pour elle, ni incident corporel pour nous.
Trouver son point de stabilité maximum sans prendre de risque.
Ai-je taillé la base réellement bien plate et bien horizontale par rapport à la colonne ? Aucun angle n’était droit, ce n’était pas facile à apprécier !
Pour être franche, j’ai peur d’un accident et cela m’angoisse un peu. De plus, l’idée de voir ma Daphné enserrée dans l’énorme main d’acier du tractopelle qui vient d’arriver, me fait frémir. Cela pourrait la blesser, lui faire très mal.
Aussi, afin de me tranquilliser et de ne pas endommager le marbre, nous optons pour une méthode plus douce. Il est décidé de passer une élingue autour du bloc et de l’accrocher aux dents puissantes du godet pour la transporter.
Ainsi, se balançant tranquillement au bout d’un gros câble matelassé, ma Daphné  arrive-t-elle sans encombre devant mon atelier. C’est là que l’attend la dalle en béton sur laquelle elle doit être levée.
Toujours couchée, elle y est délicatement déposée, les pieds au centre, la tête légèrement surélevée par un rondin de bois.
Cela permet de déplacer l’élingue et de la sangler le plus haut possible vers le sommet de la colonne. Il ne reste plus alors au tractopelle qu’à tirer précautionneusement, la redressant lentement jusqu’à ce qu’elle bascule sur son socle.
Finalement c’est assez simple.
L’homme qui pilote cette énorme machine est d’une grande dextérité. C’est touchant de voir ce monstre métallique manier Daphné avec tant d’égard, de soin et de douceur extrême.
A-t-il compris que ce bloc n’est pas seulement un gros caillou inerte, mais qu’il est bel et bien habité ?
Ça y est ! Elle y est et semble tenir droite.
Voici maintenant l’instant si redouté. Il faut aller s’enquérir de sa stabilité. Heureusement, elle est encore solidement accrochée à son élingue, elle même toujours arrimée à l’engin. On a juste donné un peu de mou dans le câble pour lui permettre de reposer sur sa base.
L’homme s’approche… je retiens mon souffle…Il pousse, légèrement tout d’abord, puis, s’arc-boutant, de toutes ses forces ensuite. Daphné ne bronche pas, insensible à ces pichenettes humaines!
Ouf, je décompresse ! Elle tient et tient bien. Son assise est excellente. Lestée par sa tonne cinq, elle n’est pas prête de bouger. Je vais pouvoir la sculpter en toute sécurité.
Au terme d’un long somme, Daphné vient de se réveiller.


Début octobre 2008


 Régime



Nous sommes d’accord toutes les deux : elle doit impérativement maigrir. Daphné qui occupe actuellement l’intégralité de mon marbre, est bien trop grosse. Elle en convient elle-même. Tellement, qu’elle refuse de sortir de la pierre et de se laisser voir si elle ne trouve pas une ligne plus fine et plus élégante.
Il n’est pas question ici de céder à une quelconque mode pour ressembler à un mannequin anorexique. Non, s’il est inéluctable que Daphné se métamorphose, car tel est son destin, elle n’envisage pas son avenir en arbrisseau fluet mais bien plutôt en arbre adulte, ce qui est ma foi tout à fait compréhensible. Dès lors, on reste dans le domaine du raisonnable ; il s’agit simplement de perdre quelques centaines de kilos !
C’est d’un commun accord que je m’emplois à la dégrossir.
Avec mon crayon « télévision » bicolore, j’ai tout d’abord dessiné sur la colonne. En rouge les parties qu’on ne touche pas, en bleu celles qu’on doit retirer. Un peu comme dans une chirurgie esthétique.
Mon bistouri à moi est une meuleuse prénommée Makita. Je procède toujours de la même façon. Avec son petit disque en diamant Makita (qui est de taille modérée pour avoir un poids modéré) me permet de rentrer dans le marbre d’environ trois centimètres d’épaisseur. Je quadrille l’endroit choisi puis je fais sauter avec un ciseau en pointe et une massette chaque petit cube un à un.
A peine commencé le vertige me prend devant l’ampleur du travail à accomplir.
J’en ai pour des mois à dégrossir ; je vais faire sauter des petits cubes de marbre jusqu’à en avoir la nausée. Cette pierre est magnifique, mais p…..  qu’elle est dure !
C’est une partie très ingrate de la sculpture que j’entame là.
 Pas de risque d’hémorragie en découpant ainsi la chair de Daphné, mais quelle poussière !
Une poussière tout à la fois fine, lourde et collante, qui pénètre partout. Dans tous les habits bien sûr. Dans le nez malgré le masque. Dans les yeux malgré les lunettes. Dans la bouche parce qu’instinctivement, j’ai le malheur de l’ouvrir dans l’effort physique. Dans tous les pores de la peau qui restent sales malgré la douche. Dans tous les cheveux qui se collent en une moumoute blanche me donnant d’un seul coup, au moins dix ans de plus.
Je vais vivre des jours et des jours dans la poussière, sans pouvoir m’en débarrasser vraiment totalement, en traînant partout dans mon sillage, jusque dans mon lit. J’ai horreur de ça !
L’apparence est trompeuse mais c’est bel et bien en douceur que je dégrossie Daphné à la meuleuse. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a aucune violence dans mon geste même si l’outil peut paraître agressif. Un sculpteur digne de ce nom se garde de massacrer sa pierre. Un coup trop dur ou trop profond a toujours un impact dans le grain. On en retrouve inévitablement la marque au ponçage final. Aussi, j’évite au maximum de blesser ma Daphné. Elle le sait et accepte, sans se plaindre, le traitement que je lui fais subir.
C’est à deux que se joue l’aventure. Elle a besoin de mon aide pour suivre son régime.
Bien que j’en doute, je trouve qu’il serait juste que tous mes efforts soient récompensés par quelques kilos de moins pour moi aussi. Solidaire jusqu’au bout !


 

Novembre 2008  

 

Chantier interdit au public !

 

   Rien de nouveau.

 

Daphné maigrit lentement. Bien plus vite  tout de même avec ma méthode, qu’avec toutes les recettes, gélules et autres crèmes miraculeuses, vendues dans le commerce.

 

Toujours des centaines de petits cubes découpés.

 

Toujours une énorme et terrible poussière.

 

L’ouvrage cependant me semble  beaucoup moins fastidieux depuis que j’ai découvert tout l’intérêt d’une charge que j’endosse, bien évidemment, avec un extrême sérieux.

 

En prenant des photos de l’avancement de mon travail, je me suis souvenue de celles prises dans les carrières de Carrare.

 

La ressemblance en est si troublante qu’il est impossible d’éviter la comparaison.

 

Même trou béant dans la matière. Même géométrisation des chantiers laissant sur les parois, tel un gigantesque damier, l’empreinte des blocs arrachés.

 

A Carrare en effet, les flancs de la montagne sont intégralement découpés en gros blocs rectangulaires. Monstres de plusieurs tonnes paraissant tout petits au regard du chantier titanesque.

 

Ce que je fais est en tout point semblable.

 

J’ai ouvert dans ma colonne une petite dizaine de carrières où il faut dégrossir.

 

Même procédé, même apparence. Je découpe des cubes qui laissent le dessin d’un quadrillage régulier.

 

A Carrare, tout est blanc, tout est marbre, tout est démesuré ; on pèse en tonne.

 

Chez moi, tout est blanc, tout est marbre mais, toutes proportions gardées, je dois à l’évidence de reconnaitre que c’est nettement plus petit ; on pèse en gramme.

 

A Carrare on extrait des mastodontes. Chez moi on détaille en petits dés, mais finalement, c’est exactement pareil.

 

En un lieu vous êtes lilliputien, en l’autre géant. C’est uniquement fonction de mesure et d’étalonnage.

 

Du coup j’ai pris conscience de mon importance nouvelle.

 

Tous les matins je fais la tournée d’inspection de toutes mes carrières décrétant de poursuive ici, d’arrêter là ou d’en ouvrir une autre ailleurs. Je suis tout à la fois, carrier, chef de chantier et troupe de vaillants ouvriers. Souveraine absolue, je règne sur ma montagne. Et ma montagne à moi, c’est Daphné.

 

Tout cela n’est-il pas grisant ?

 

Il n’y a que la destination des blocs qui diffère.

 

Carrare mondialement renommée expédie les siens sur tous les continents. Moi, je stocke mes cailloux blancs par terre, au pied de la terrasse de mon atelier pour en combler le dénivelé.

 

Gravats encombrant certes, mais gravats de valeur o combien réputés !






 

 


 

 


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